15 juillet 2007
De nulle part...

En engageant la voiture dans l’allée rocailleuse, l’autoradio avait joué « In paradisium » du requiem de Fauré ! On s’était regardé avec un plaisir non dissimulé, une sérénité partagée, un accord parfait. Juste avant, on avait laissé l’abbaye de Sénanque sur notre gauche, au milieu de ses champs de lavande et maintenant on roulait doucement sur les gravions, bercés par la musique elle-même soutenue par le chant des cigales… Au bout du chemin, il y avait une petite masure, avec peu de fenêtreS, comme pour se protéger du soleil mais aussi du froid prégnant dans cet endroit en hiver. Il me dit qu’il avait souvent rencontré le moine durant les mois de janvier et février, parcourant les routes de la colline qui entourent Gordes, avec aux pieds uniquement de vieilles sandales.
Le moine, presque centenaire, se tenait perché en haut d’une échelle pour cueillir des cerises presque aussi grosses que des abricots. Je me fis la réflexion qu’ici tout était énorme, immense, merveilleux. Il avait vite quitté son perchoir pour nous accueillir et nous offrir un peu d’eau fraîche dans son antre d’Hermite. La discussion, je me souviens, avait tourné autour des qualités de la femme que ne peuvent connaître les jeunes novices moines qui ont fait vœux de chasteté et le vieillard si sage se réjouissait d’avoir pu quitter sa communauté pour rester ne serait-ce qu’observateur de cette réussite de la nature, disait-il…
Et puis nous étions rentrés. J’avais passé la nuit dans une chambre aux mille et un trésor, Barbu est un sacré collectionneur et spécialiste du débarrassage de grenier…
Heureusement, nous avons pu à maintes reprises aller lui rendre visite à Gordes, ce village le plus somptueux de France, à mon avis…
Et puis vers l’âge 17 ans, j’ai gardé trois petites parisiennes tout près de chez lui. Un jour, je l’ai appelé et il est venu me chercher pour que nous déjeunions ensemble. En rentrant chez lui, j’avais tout regardé, ouvert toutes les portes des armoires, tirer tous les tiroirs secrets des étagères, dégoupillé tous les bocaux pour sentir la collection d’aromates. Il avait rigolé en disant que j’étais toujours pareille…Dans l’après-midi s’étirant, on avait mangé des graines de courges grillées dans le feu de cheminée tout en dégustant son églantine, cru de sa composition à base de raisin sauvage fermenté et alcoolisé à sa manière !
On avait beaucoup ri en se remémorant la vacances à
Mazeyrac, en Lozère, les bains dans
Dans les années qui avaient suivi cette visite en février, Barbu était venu nous voir à Annecy, durant les vacances d’été. « Coucou les enfants ! Je vous ai amené le dessert, vous venez m’aider à le décharger ?!!! »
Et dans la camionnette de trouver des cagettes de pêches jaunes, blanches, des poires, des abricots mais surtout des melons par dizaines, carnés et gorgés de soleil, montrant leur ventre presque rouge vif. Cette année-là, on avait bronzé « carotte », à manger du melon, matin, midi et soir et même en rentrant de nos virées nocturnes…
Et quand je me suis installée à Grenoble, partir vers
Avignon, c’était mon évasion, mon havre de paix, ma possibilité de grandir par
moi-même. J’adorais tout particulièrement aller me ressourcer à
Dans ce pays, auprès de Barbu, j’ai découvert des subtilités indescriptibles. Avez-vous déjà senti, au lever du jour, l’odeur de la vigne sauvage ? C’est un parfum à la limite du perceptible mais une fois gravé dans la mémoire, il en devient enivrant à vie.
Voilà. Mardi matin, je vais prendre le train à 8 h 05 et je vais me rendre à Marseille. Barbu devrait y être. Dans un hôpital pour le soigner. Si tout va bien, on va lui enlever les ¾ du poumon droit. Et ensuite, parcours du combattant, il va s’en sortir.
Je veux qu’il tienne jusque là, je veux qu’il tienne
longtemps encore après. Je vais lui apporter toute la force dont je suis
capable, je l’embrasserai mille fois pour moi, mais aussi pour les miens qui
sont retenus à
Je vais lui montrer les images de mes enfants, de leurs cousins et cousines, je lui montrerai la femme que je suis devenue et dont une partie du mérite lui revient grâce à sa présence si sage et aimante.
N’empêche que ce soir, j’ai une grande barre dans le dos et les yeux qui n’arrêtent de couler depuis que j’ai ramené les enfants à leur père. Un peu comme si tout le chagrin que je retiens depuis mercredi, pouvait enfin déborder.
Mais je suis sereine car je vais faire ce qui est en mon possible, à mon échelle. Tout simplement.
Commentaires
Que tout se passe bien ...
que ce voyage soit paisible
Que ce soleil du midi à Marseille si chaleureux et si lumineux puisse vous donner ses valeurs pour continuer à faire vivre cet amour envers Barbu que vous aimez tant
amitiées