Bracelet_de_mon_coeur

Il me l'avait offert le soir du 14 février 2013.

Je ne savais pas encore qu'il y avait en moi une terrible maladie qui était en train de dévaster mon cerveau. Les médecins ont nommé cela plus tard : état de choc post traumatique.

Mais la trop "optimiste" que je suis, allait soigneusement ignorer cela encore pendant plusieurs mois.

Ce soir là, alors que nous aurions dû fêter notre amour, mon esprit ravagé avait adopté un fonctionnement qui est encore le mien actuellement, malheureusement, à beaucoup de reprises.

D. avait été effaré de mon comportement jusqu'à dire : "Mais je ne te reconnais plus, que t'arrive-t-il ?".

C'est le lendemain matin, en partant au travail, qu'une énorme locomotive style Orient Express avait surgi à un carrefour, m'imposant un arrêt brusque sous peine de rentrer en collision avec. Heureusement, il n'y avait personne d'autre que moi sur la route et j'avais pu continuer sans casse réelle.

En arrivant sur le parking du service, j'avais longuement appelé mon amie de toujours en lui criant dessus ma révolte contre l'incompréhension de mon Chéri. Patiemment, elle avait attendu que je lui raconte la veille puis m'avait suggéré : "Il est en train de t'aider, là, et tu ne peux le mesurer. Mais oui, il te protège car tu vas rentrer chez toi et tu vas te soigner".

Ce que je fis en fin de journée.

En descendant les escaliers du bâtiment, je m'étais fait cette réflexion très visionnaire : "Voilà. Je ne reviendrai plus ici. Et je m'apprête à rentrer dans mon intérieur, et dans un long, très long, tunnel noir, par la même occasion".

Puis les jours ont filé, avec les combats, les coups bats, les chutes et rechutes innombrables, les hallucinations toujours prégnantes, l'impossibilité de conduire pendant des mois et de sortir de mon petit appartement.

Au printemps de cette année, la reconnaissance a enfin eu lieu après moultes rebondissements et pertes de dossiers en tout genre : mais cela a été acté, écrit noir sur blanc, comme un retour à l'envoyeur.

Durant tous ces jours, le bracelet ne m'a pas quittée. Je ne voulais même pas qu'on me l'enlève lors de soins. C'était mon amulette, ma protection, mon lien, ma chaîne, mon emprisonnement consenti (peut-être ?).

Je pensais aussi que de le retirer serait jouer avec le monde des ombres et le laisser m'envahir à nouveau. C'était, pensais-je, comme une alliance que l'on s'échange à un mariage, le symbole de notre amour l'un envers l'autre.

Et puis...

Il y a quelques jours, avant ma douche, j'ai décidé d'ouvrir le fermoir et j'ai détaché les pierres précieuses. Je l'ai posé sur mon plus beau foulard pour le prendre en photo, mais je l'y ai laissé aussi soigneusement sur ma commode.

Je peux le voir à tout instant, le toucher à volonté, le contempler en douceur.

J'espère un jour le remettre à mon poignet, mais pour cela il faudra soit que j'apprenne à le faire par moi-même, soit qu'il m'y aide si je lui demande.

Je trouve que c'est un joli présage.