Futur

 

Ecrire.

Raconter…

 

C’est mon devoir.

 

Alors je vais vous raconter, vous livrer, vous retranscrire, vous transmettre.

Peut-être aurez-vous beaucoup de mal à déchiffrer mes mots, mais il le faut.

Je vous le donne, c’est une nécessité.

 

Nous nous sommes déjà rencontrés tant de fois. Nous sommes liés depuis si longtemps.

 

Quelle folie de lui avoir demandé de partir… Quelle violence et comme il a cherché à se débattre. Impossible pour lui d’entendre que je lui criais « Sauve toi, mon Chéri, Sauve toi ! » car dans le brouhaha de notre chez-nous, tout était envahi. Plus de place pour la vie, aucun vide à remplir, que du vide à faire pour survivre.

 

Comme cette mère éperdue d’amour pour son fils qui a préféré le pousser dans une chambre et l’enfermer, ou encore cette femme consciente du danger de mort qui a mis des souliers de fer à son petit garçon en lui disant : « Cours aussi longtemps que possible et cache toi ». C’est ce qu’il a fait le petit bonhomme, il a fui dans la forêt, il s’y est enfermé dans une toute petite grotte et y est sans doute mort de faim. Alors que la maman, ayant perdu la raison, affrontait ses bourreaux, respirait un air mortel, s’accrochant aux murs avec ses griffes acérées, lapidait ses compagnes d’infortune, refusant tout en acceptant que son cœur ne palpite plus, pleurant de toute sa rage sa douleur de ne plus être là pour protéger le fruit de ses entrailles, espérant que les bêtes fauves le réchauffent et ne le mangent pas à leur tour.

 

Et chacun est parti sur son chemin, ne sachant si l’autre avait pardonné, ne sachant comment se pardonner.

 

Rien ne s’est défait à cet instant, tout était déjà scellé.

 

Mais pour comprendre et revoir le jour, on ne peut que faire sauter ces fameux « scellés ». C’est le seul possible à réaliser. On ne peut refuser. On n’en a pas le choix.

 

Je lui ai pardonné.

Il ne m’a pas encore pardonné.

Je ne me suis toujours pas pardonnée.

Il s’est déjà pardonné.

 

Etrange conjugaison de ce verbe qui par don rend le futur réel et sèche les larmes du passé. Et qu’elles sont douces ces larmes qui lavent et régénèrent tout sur leur passage. Elles laissent derrière elles un doux silence lumineux et profond.

 

J’écris à cet instant ce que j’entends. La mélodie qui monte est forte et me rend forte. Elle s’infiltre jusque dans la pierre, envahit tout le noir du néant. Cela tourbillonne, c’est effrayant, c’est brûlant et retentissant. Mais de ces vagues immenses naisse la mer et l’infini.

 

La Liberté, peut… (enfin) -… être…