Ruisseau de vie

10 août 2010

Quand...

Quand on ne demande rien, on s’expose certainement à toutes les interprétations possibles et imaginables. Un peu comme, « qui ne dit mot, consent », ou tous les non-dits, les implicites requêtes puisque interprétation oblige.

 

J’ai fonctionné ainsi depuis presque toujours et maintenant que j’expose ma volonté, que je m’occupe de moi, de ce qui est bon pour moi, sans pour autant laisser aux autres leur marque et leur avis, il semble que tout devient dissonant. Vraiment bizarre comme situation.

 

Je suis sûre qu’il serait tout à fait libérateur que l’on puisse me dire : tu nous as déçus, tu n’es vraiment pas bien à nos yeux… Au moins, serait-ce alors les raisons des autres. Bien sûr, difficile alors d’argumenter, car obligation de passer par un jugement de ma personne. Et aujourd’hui, qui suis-je ? Ce n’est pas une question que je laisse en suspend, qui me pose problème ou me jette dans des abîmes de désolation. Je suis une femme de 44 ans, avec deux enfants que j’aime et dont je suis fière. Ils sont normaux, avec leurs qualités, leurs défauts, mais ils ne sont qu’au début de leur vie et ils apprennent. Je les regarde grandir, j’accepte leurs changements et leur évolution et il ne me vient pas à l’esprit de les contrecarrer ou de les diriger vers une voie qui ne leur parlerait pas. Je suis vigilante mais pas totalitaire. Ce sera sur leur réussite et leurs erreurs qu’ils feront comme tous : apprendre à vivre, vivre avec eux-mêmes, et s’accomplir.

 

J’aime aussi, car je suis une femme aimante. Mon amour n’est pas là pour guérir, il est un don car cela me fait plaisir et correspond à mon sens à la vie. Et je travaille jour après jour à établir ou rétablir une harmonie de bonheur même si comme tout le monde, les nuages passent et trépassent. Après chaque nuit, le jour revient et toutes les saisons sont bonnes à aimer ou à désaimer. C’est ainsi.

 

Alors je suppose que quand la haine, la rancœur, la colère se sont installées, il est bien difficile de voir autrement que par cet angle là. Je me dis aussi qu’un jour ça peut passer, ou pas. Je ne suis pas tributaire des tribulations personnelles de ma filiation. Cela serait vraiment sympa qu’un jour on puisse me dire : voilà, fini, dégage. Car quelle est donc ma plus grande faute : être fille de … ? C’est bien là un drôle d’outrage. Et au moins, chacun serait positionné, sans tenir en haleine l’autre, sans pouvoir ou emprise sur moi.

 

On vit dans une société où il est très dérangeant d’exprimer que sa famille n’est pas intéressante. Cela est vraiment très mal venu ! Difficile d’entendre que l’on préfère arrêter une relation conflictuelle avec ses parents plutôt que de continuer à se comporter comme une bonne petite fille. Oui mais voilà, il y a longtemps que je ne suis plus une petite fille, j’ne vois pas comment je pourrais continuer à me comporter ainsi.

Dans ma réalité, si ma relation à l’autre n’est pas dans le plaisir, le partage, le lâcher-prise, le réel échange, ça ne m’intéresse pas. Je préfère tout bonnement tourner le dos et ne pas chercher la petite bête. Aucun intérêt à cela, juste du « tourneboulage de boulons dans la tête » et que de temps perdu surtout !

 

Je garde mes valeurs premières, le respect et la correction. Car sans correction, comment sentir que l’on respecte ou que l’on est respecté ?

La correction, c’est le garde de fou de sa propre liberté. Et ma liberté d’être, de penser, au lieu de l’acquérir simplement avec bienveillance de mes géniteurs, j’ai du me battre pour l’obtenir et la garder. En résumé, je crois que le plus énorme que puisse offrir un parent à son enfant, c’est sa liberté psychique. S’il ne lui accorde pas cela, il ne l’en privera pas pour autant, mais il est évident que le fossé séparant parent et enfant sera alors immense voire un jour plus du tout franchissable.

 

Mais cela ne sera pas alors une souffrance, juste un constat.

Un constat ne répare rien, ne change rien à la situation, il l’éclaire et la rend compréhensible, donc acceptable.

 

Ensuite, on poursuit sa route et on effectue soi-même les réparations nécessaires, ou non, et on regarde son compteur pour aller plus vite, moins vite, peu importe, on trace et on suit son chemin.

Posté par bergag à 16:04 - Commentaires [0]


18 juillet 2010

Dimanche bleu

ibiscus

J’ai le blues comme le bleu du ciel…

Tout est clair dans l’air quand je regarde par l’immense baie vitrée du salon, pourtant, j’ai les larmes au bord de tout.

 

C’est une nouvelle existence qui prend forme puisque j’ai changé de « maison ». Y’a plein de pièces, de lumière partout. Chacun peut avoir sa place, la trouver, la faire.

Moi, je me perds. Je cherche mes repères et je ne les voie pas.

 

Mes souvenirs me ramènent inlassablement vers hier. Je repense à l’arrivée dans la maison avec mes enfants petits et mon ex mari. Je me rappelle du petit appartement que j’ai trouvé pour vivre enfin libre, sans ce conjoint devenu incompatible. Puis l’emménagement de mon Chéri au milieu du petit univers que nous nous étions construit avec Tom et Camille. Ensuite, il y a eu les mois d’hiver qui nous a apporté son lot de difficultés. Au printemps, cela a été une telle ouverture de chercher cet appartement.

 

Malgré tout ce bon, je n’ai cessé de dégringolé depuis le mois de mai.

Il y a d’abord eu Evidence qui s’est retrouvée pleine. Heureusement, on savait qu’elle mettrait bas dans un endroit tellement plus approprié. Mais tout cela, m’a déstabilisé.

 

Puis, j’ai décidé pour l’anniversaire de ma Maman de lui envoyer un énooorme bouquet de fleurs. C’était une main tendue puisque nous ne nous étions plus reparlé depuis au moins mai 2009. C’était vraiment bizarre d’aller chez le fleuriste et d’expliquer ce que je voulais… 80 fleurs blanches pour 80 années de ma mère à qui je ne parlais plus… Absurdité, souffrance et torture. Pour conjurer le sort, la veille, au cours d’une discussion avec deux personnes très chères à mon cœur, je leur avouais que je n’espérais rien de ce geste voire que j’attendais presque un retour de flamme. Et oui, car depuis des années, j’ai pris ce que me donnait cette famille, et toujours malgré moi. Sortes de cadeaux empoisonnés, soit disant pour mon bien. Mais à quel moment cette famille s’est-elle souciée réellement de mes vrais besoins, de mes vraies envies, de ce que je suis devenue, ce que je suis tout simplement ?

J’ai tant de fois tendu la main pour garder le lien, pour être une bonne petite fille, pour garder cet amour si important pour tout enfant.

Alors cette année de silence a été nécessaire aussi pour que j’accepte la réalité. Cela m’a permis aussi d’avoir un tout autre regard, une prise de distance bien réelle.

 

Evidemment, le jour même de son anniversaire, ma mère m’a appelé ; et nous avons mêlé nos larmes un court instant. Alors que je savourais de l’entendre, sa première question a été : « dois-je comprendre que c’est une tentative de réconciliation ? » Non, maman, t’ai-je répondu, c’est une main tendue en toute simplicité. Ensuite nous avons parlé de nos chats et de ma nouvelle vie. Mon père a ensuite pris le téléphone, avec une voix sourde, très fermée. Il m’a dit être au courant de pas mal de choses, puisqu’il lit ce blog. Grand bien lui fasse, qu’il sache si bien qui je suis pour décrypter dans mes mots tout ce qu’il a envie. « je lis ton blog et j’ai vu que tu écrivais des choses du lointain passé »… Oui, c’est cela, mon lointain passé, mais surtout MON passé et certainement, qu’il doit être bien étonnant de lire les sentiments de son enfant quand on a toujours été dans le non-dit ! Et puis, comme toujours, ma mère a eu un trait d’humour quand nous avons évoqué la rencontre explosive à l’Aigle l’année dernière en allant récupérer ma voiture : « ouahaaa ! quelle première impression ! »

C’est ainsi, on ne se refait pas et il vaut mieux sans doute paraître tel que l’on est dès le départ.

Mais ça, c’est permis aux autres. Quand on est soi et que l’on a grandi dans cet univers, comme le voir d’en dehors… En partant, loin, très loin, et même plus loin que le plus loin de tout.

 

Et puis les semaines ont passé. Les cartons se sont remplis et nous avons pris possession de notre nouvel espace. Et j’ai continué à ramer. Parce que j’ai commencé à me regarder autrement. A voir ce grand vide qui est en moi.

C’est étrange, comme un parallèle avec la vie de l’homme qui est à mes côtés, j’ai l’étrange impression d’avoir été privée de mère dès mon plus jeune âge, car pauvre maman ayant été phagocyté par mon père.

 

C’est en vivant l’inscription de Camille au lycée que j’ai soudain ressenti un énorme chagrin pour ma mère. Car évidemment, le père de ma fille a témoigné de sa grande débilité comme toujours en essayant de m’évincer (une histoire de nom du responsable légal sur la fiche d’inscription de Camille). Le père en toute puissance qui se prend pour une mère puisqu’il me déteste tant qu’il me voudrait disparue.

Drôle de parallèle que je fais là. Et pourtant… Je vis au quotidien la séparation d’avec mes enfants et je sais comme il est dur de les rassurer malgré moi. Durant toute une année, je me suis interrogée sur ce qui empêchait ma mère de reprendre contact avec moi… Car moi, il m’arrive un jour une situation identique, je fais tout pour garder le contact et personne ne pourrait s’y interposer. Alors deux réponses : ma mère ne m’aime pas ou ma mère n’a pas pu me faire un signe. Je n’imagine pas un instant la première solution. C’est donc la deuxième.

 

Et d’ailleurs, c’est le dimanche précédant mon anniversaire que j’ai eu encore plus de lumière sur cela. J’ai appelé ma mère pour la remercier du superbe ibiscus qu’elle m’avait envoyé. Nous avons parlé pendant près d’une heure et à cœur ouvert. J’ai répondu à toutes ses questions, en toute quiétude, sans l’ombre d’un doute… Et mon père n’était pas là…

 

Je commence à entrevoir le travail que je dois faire sur moi pour arriver à la guérison. Ce blues que j’ai, il est comme un deuil. Il est vraiment dur de devoir abandonner l’estime que l’on a pour son père. Ou plutôt de se rendre compte que l’on en avait une fausse estime. Y’a un vide immense à la place du combat perpétuel que j’ai mené jusqu’à aujourd’hui. Je l’évalue froidement et je le regarde tel qu’il est.

les_quatresLundi soir, notre minette a fait ses petits. C’était magique. Sans doute cela a-t-il réactivé bien des souvenirs enfouis en moi… D’autant que, incroyable, les châtons sont nés le 12 juillet 2010, dix ans jour pour jour après Tom. Tom, très justement, m’a dit lorsque je lui ai annoncé le soir même la bonne nouvelle : c’est symbolique. Tu ne savais pas si bien dire, mon amour d’enfant.

Le plus sordide, et la mauvaise coïncidence, c’est que mon père a eu l’idée, saute et grenue, de m’appeler à ce moment. J’avais encore sur les mains le liquide des chatons, car nous avons eu juste le temps de sortir la mère et ses rejetons de dessous le lit pour la mettre dans un « berceau » mieux approprié. Et oui, on n’avait pas vu le truc venir, d’autant que trois jours avant le véto nous avait annoncé la date de la mise bas pour le 22 – 24 juillet ! Donc, on était tout affairé à cette arrivée de bébés. Moi, un peu la peur au bide, instinct maternel au taquet : tant pour ma minette que pour ses petits chatons. Encore du sacré laché prise, d’ailleurs : faire confiance à la nature. Et d’ailleurs, à ce jour, notre bébé-choupette s’en sort superbement bien. Sacrée maman qui protège ses petits de tout (y compris des deux autres matous qui se demandent bien ce que sont ses petits cris qui viennent du coin de notre chambre !!!)…

Bref, le paternel téléphone. Je suis alors toute en joie de lui annoncer l’heureux évènement. Emportée par mon enthousiasme, je lui parle tout de suite de tout… Et puis j’ai un temps d’arrêt. « Qu’est-ce qui se passe, il est arrivé quelque chose ? » A la voix de mon père, j’ai tout de suite pensé qu’il y avait un malheur. Et ben pas du tout ! Le type me téléphonait uniquement par rapport à l’histoire de la fameuse caution solidaire que nous avons sur l’ancien appartement. Du grand délire ! Et bien, figurez-vous, que le mec a pas percuté un seul instant sur ma réalité. J’ai eu beau lui dire, rappelle moi ce soir, ou fais moi un mail. Non, il fallait que je lui donne des réponses sur le champ et qu’une fois de plus, je me justifie pour faire taire ses angoisses. C’était d’une gougeâterie sans nom. Et toujours avec une telle violence… D’autant que le lendemain, c’est ma mère qui est revenue à la charge pour protéger son pauvre petit mari de cette méchante fille que je suis.

 

J’ai alors constaté qu’ils n’étaient vraiment pas en mesure de comprendre quoi que ce soit. Alors raouste ! C’est cela :

LA PAIX

!

On a des droits et des devoirs en tant que parents comme enfants.

J’ai fait mon devoir de fille, j’ai le droit maintenant d’être tranquille.

 

Je prends de tout cela beaucoup d’enseignements. Cela va sans doute me permettre à moi d’avancer vers ma vérité et aussi d’accompagner Camille. Un jour, peut-être, parlerons nous toutes les deux de mes choix de vie. Je pourrai alors lui transmettre, s’il est besoin, que je fais mon boulot de mère et que je n’attends pas que son père prenne mon quota de travail. Je l’assume pleinement, avec mon savoir faire et savoir être. Cela permet aussi au père d’être lui-même et pas plus ni moins.

 

 

 

Je me sens plus légère d’avoir écrit tout cela. J’avais une certaine appréhension avant de le faire car je me posais encore des questions du style « que va dire encore ce père qui lit mon blog, que va-t-il interprêter ? » et bien ce qu’il veut ! Ce n’est pas mon problème. J’en ai bien d’autres à régler, et en premier, celui d’être bien avec moi.

 

 

Le ciel est vraiment bleu aujourd’hui, et voilà ce que je vois de la fenêtre de mon nouvel appartement où sont aglutinés Eliot et Diégo, histoire de copier le tas de tout petits qui est à l’autre bout de l’appart !!!

ECOLE       HEL_ET_DOUGS

Posté par bergag à 17:37 - Commentaires [0]

05 juin 2010

Une étape...

80

Je remonte ma rue, le temps qu’il faudra, jusqu'à ce qu'elle soit à l'horizon, comme la mer, à niveau...

 

Ce n’est certainement pas le plus difficile à vivre que je vis aujourd’hui, et pourtant, c’est dans une telle conscience, que j’ai l’impression de souffrir pour la première fois, comme si je me l’autorisais enfin. Oui, y’a des choses qui font mal, affreusement mal… Une simple piqûre peut devenir intolérable lorsqu’elle se fait sur une peau à vive, vive de tout. Vive de vie, surtout.

 

Et il y a tout ce qui fait la vie, en pur vécu, en plaisir d’être.

 

Il y a des trésors que certains ne pourront jamais souffrir. De ceux-ci, j’ai su les trouver et les garder. Et je suis riche.

 

J’apprends, tranquillement, et sûrement.

 

Ouf… J’ai encore survécu à cette journée ! Et c’est immense…

Posté par bergag à 01:28 - Commentaires [0]

24 mai 2010

Fleur de thym...

FLEUR_DE_THYM

Je me suis réveillée il y a une demi-heure, sans doute car les oiseaux chantaient à tue-tête et que la minounette courrait dans tous les sens, avec ses petits cris bien à elle… Là tout de suite, elle gambade sur la rambarde du balcon, sautant à qui mieux mieux au-dessus d’Eliot, qui évidemment ne bronche pas et laisse ses longs poils ondulés dans le vent : on dirait des plumes. Sont-ce vraiment des chats, ces bestioles ?

Il y avait très longtemps que cela ne m’était pas arrivé de m’éveiller si tôt. Il fallait aussi, car bientôt, mes jours s’ouvriront sur un nouvel horizon. La mélodie de l’aube sera sur d’autres harmonies, avec un nouvel air…

Une étape, encore. Un livre qui s’écrit.

Depuis des jours, je me dis que je vais publier dans ce blog une histoire que j’ai commencé à écrire à la fin de l’hiver. Je passe le pas ce matin. Je vais le faire un peu à l’inverse, prendre dans les dates anciennes des plages de libre, et publier le début. Ensuite, je verrai…

Et même si j’ai toujours un peu peur devant l’avenir, car je travaille à ce jour pour ne plus être en mode souffrance, je vais garder en tête les paroles de ma grande fille, si sage déjà : «ne t’inquiète pas, Maman, maintenant, tu as une famille… ».

Ca y est ! Il fait jour…

Posté par bergag à 06:00 - Commentaires [1]

23 mai 2010

1 - Les 1001 piqûres

Je vais vous raconter l’histoire d’une petite fille qui reçut au moins (car le compte n’en a pas été fait) 1001 piqûres… et développa toute une partie de sa mémoire pour que l’autre puisse tout oublier.

Heureusement, à chacune de ces piqûres n’était pas forcément lié un souvenir… Mais à certaines, oui, qui d’ailleurs en entrainaient d’autres. Des souvenirs, je dis bien.

 

Au tout début, donc, elle avait deux ans et demi. Deux ans et demi, ce n’est pas bien vieux, c’est même tout petit.

Elle dormait dans la chambre de ses parents, dans un lit en bois tout sculpté, couleur chêne foncé. Elle dormait là, car elle était la dernière d’une fratrie de trois enfants et que dans la petite maison, il n’y avait pas assez de chambres. Quoi que… En y repensant bien, il y avait deux autres chambres à l’étage. Une très grande qui donnait sur la rue, mansardée avec une grande fenêtre et une autre sur le côté, toute petite, avec juste une fenêtre de toit. Elle aimait bien cette chambre, parce qu’il y avait un tout petit lit, des cartons, il y faisait chaud, poussiéreux, et elle s’y sentait cachée et en sécurité.

Je poursuis, car je m’égare (et ça, je vais le faire souvent) : Au rez-de-chaussée, il y avait donc deux chambres. Euh… pas le compte, une fois encore. Une pour les parents et la petite fille et l’autre pour la sœur ainée et le frère. Elle se rappelle que durant une invasion de varicelles, elle n’avait même pas le droit d’aller mettre le nez dans cette chambre. Et en y repensant, elle se demande aujourd’hui où elle jouait… Sans doute de-ci delà, dans le couloir ou le salon, dans la cave ou dans le jardin… Un après-midi, elle avait attrapé en haut du placard un paquet de caramels mous. De ceux qui étaient enveloppées dans un papier blanc avec un dessin de vache bleue. Elle en avait avalé goulument tout plein. Sa maman était partie faire les courses et son papa devait être en bas (pour faire du chocolat !). Puis, elle avait trouvé un carton et elle avait commencé à jouer dedans, comme les chats. Mais au bout d’un moment, la position allongée, les caramels non digérés, l’odeur du papier cartonné l’avaient plongée dans une nausée certaine, à la limite de tout vomir. Cela aurait été mal venu : comment raconter à sa maman qu’on a mangé tout les caramels et que la boite a fait le reste : retournement des tripes.

C’était donc là que jouait la petite fille, de-ci delà, dans un couloir, un salon ou un tout autre ailleurs. D’ailleurs, l’endroit importait peu, puisqu’elle avait toujours entendu : « oh, la petite, on ne l’entend jamais : on peut l’oublier, elle joue très bien toute seule ». C’est dire que son univers devait être immense pour susciter tant de confiance !

Un soir, Papa et Maman allèrent au théâtre, ou à un concert, je ne sais plus très bien. C’était Madame Yvette qui était venue la garder. Mme Yvette, elle était toute ronde, avec du rose aux joues avec un parfum très poudrée : normal, elle avait sur le visage tant de fards qu’elle ressemblait à une japonaise. Elle avait aussi un énorme chignon, très gonflée parce que je suis sûre qu’elle passait des heures à le crêper ! Mme Yvette habitait sous les toits dans une rue très pentue. La petite fille aimait bien aller lui rendre visite parce qu’il y avait une toile cirée qui ressemblait à celle de chez sa mamie et puis parce que, quand elle arrivait là-bas, Mme Yvette lui faisait tout un tas de bisous. La petite fille aimait sa bouche et ses joues toutes rondes, ça lui rappelait celle de sa Mamita.

Mamita, c’était la femme de Pépéstachou et Stachou, c’était ce Pépé qui, quand il jouait de son violoncelle, donnait à la petite fille des horizons inespérés. Il avait aussi transmis à son fils (Papa, donc) l’amour de la musique et c’était pour cela que Papa et Maman étaient allés au concert.

Mme Yvette avait attrapé le classeur rouge qui contenait tous les Pommes d’Api et en avait lu plusieurs à la petite fille. Tant et plus, qu’elle s’était endormie ainsi… Et quand je dis ainsi, c’est telle quelle : avec ses chaussettes au pied ! A son réveil, elle s’était précipité au fond du lit, sous les couvertures et n’avait pas retrouvé les chaussettes. Cela l’avait plongé dans une angoisse profonde : seraient-elles parties seules ? Et qu’allait-on dire de leur disparition ? Ce n’est que bien des années plus tard, que la petite fille compris que sa maman avait du les trouver avant elle et en faire leur affaire (d’où le mélange des souvenirs lorsque l’on est petit, on ne sait plus trop si le matin est celui de l’hier ou du demain).

 

J’ai commencé à raconter ces souvenirs-là de la petite fille pour commencer à expliquer ce qu’elle avait créé dans sa mémoire. Elle avait fait une grande armoire et y rangeait tout ce qu’elle pouvait. Elle le pensait, tout du moins. Elle adorait y amonceler tout ce qui lui passait par la tête, les couleurs, les formes, les odeurs. Elle devint une experte des années, des mois, des semaines, des jours. Elle enregistrait toutes les dates, les mélangeait avec tout ce qu’elle vivait. Tiens, par exemple, elle se rappelle sa maman sortant en courant de la cuisine pour traverser le couloir (où elle y était allongée) pour rentrant comme une branquignole dans le salon et mettre à fond la chaine HIFI. On venait d’annoncer la mort du Général de Gaulle ! La petite fille avait été très inquiète, car elle avait vu sa maman pleurer à grands flots. Elle se demandait bien comment une voix dans le tuner pouvait provoquer tant de peine ! Elle, elle pleurait quand elle tombait, quand sa sœur la mettait au coin dans la cabane du fond du jardin et qu’elle s’était fait piquer un jour par une araignée.

 

Quelques temps après cette horrifiante piqûre, son genou avait quadruplé de volume et sa mère le brandissait fièrement à qui voulait bien le regarder, comme par exemple, la voisine, par-dessus le grillage qui séparait les deux maisons, au risque d’ailleurs d’infliger à la cuisse si tendre de la petite fille, une autre piqûre, d’un autre style somme toute, pas du venin d’insecte, mais de la rouille de grillage. C’était à cette occasion que l’on découvrit la terrrrrrriiiiiiiiiibbbbbbllllllleeeeeeeeee vérité sur l’origine de la petite fille : elle était née à lergique. Où ça ? Je ne connais pas cette ville. Ah mais, non, il ne s’agissait pas de l’origine de la petite fille, car bien évidemment celle-ci était connue : elle résultait de l’équation maman + papa = la tête à la petite !

En fait, il était question de l’origine de la maladie de la petite fille, ou si vous préférez, du nom de celle-ci.

Posté par bergag à 06:00 - Commentaires [0]




22 mai 2010

2 - Les mille et une piqûres

 

Quelques temps plus tard, elle tomba non pas cette fois-ci sur une araignée, mais vraiment malade. Parce qu’une piqûre, ça ne détruit pas forcément la santé. C’est vrai qu’une piqûre de veuve noire, c’est radical. Mais en région parisienne, y’a pas de ce genre de bestiole. Ce sont plutôt les grandes marronnasses qui grignotent la crasse dans les coins des pièces sales et la restituent dans leur salive quand elles décident de manger autre chose que de la poussière, un genou d’enfant par exemple.

 

Bizarrement, après l’accident de mise au coin, le souvenir que la petite fille rangea dans son placard ne fut pas le genou enflé et douloureux ou encore le moment de la piqûre, non, ce fut son horreur parfaite des arachnides. Longtemps, elle s’était repassé la séquence dans sa tête pour retrouver l’instant décisif de la percussion entre sa jambe et l’insecte. Que néni ! Elle arrivait à voir tous les yeux de l’araignée, ses crocs aiguisés, dressés, prêts à se planter dans la peau, voire la transpercer et arriver jusqu’à l’os, elle se remémorait son genou bougeant et percutant l’animal… Mais pas le pic de la piqûre. Il y avait donc dans le placard à souvenir une trappe secrète dont elle n’avait pas le mode d’emploi pour l’ouvrir. Car là, se trouvait CE souvenir.

Alors, la petite fille ne cherchait pas, tout comme pour la première fois où elle manqua de s’étouffer pour de bon. Car la Maladie, avec un grand M, faisait que ces petits poumons s’arrêtaient à un moment de rendre l’air qu’ils avaient attrapé. Ca faisait comme un piston qui remonte en haut, redescend pas tout à fait en bas, puis remonte encore en haut et redecend de moins en moins bas : du coup, il arrive un moment où plus rien ne redescend et, on a plus d’air et on s’étouffe.

Mais nan… c’est pas la bonne explication ! C’est tout simplement que l’on ne souffle plus, que l’on s’étouffe, certes, mais de son air car ON-A-PEUR-D-EXPIRER… La petite fille était atteinte d’un trouble plus que troublant avec comme nom barbare ! L’asthme. En clair, elle était asthmatique. Ce n’est pas simple à écrire ce mot, mais pour elle s’était en plus compliqué à dire. Pourtant, elle ne savait pas encore écrire à deux ans et demi et donc, elle ne pouvait pas savoir la ruse de la prononciation française. Mais dans sa petite tête, elle l’avait relié à la Tsékotovaki. Cé koi sa ? Ben oui, son père avait fait un voyage de travail là-bas, d’où il lui avait ramené une superbe poupée au costume typique. Elle adorait cette poupée… Car elle était restée longtemps dans sa boîte, en haut du placard de la chambre de ses parents, pour qu’elle ne soit pas abimée. Normale : une poupée, c’est fait pour rester dans sa boite et pas pour jouer avec. D’ailleurs, quel intérêt pour cette petite fille qui savait s’amuser d’un rien, sans rien, ni personne tellement qu’on pouvait l’oubliait ? J’vous l’demande bien, tiens ! Puis, bien plus tard, on ressortit la poupée pour la mettre sur une étagère en verre auprès de ses compagnes, les véritables poupées de collection. Ceci n’avait malheureusement pas été signalé à la fillette : on ne joue pas avec les objets de collection !

 

Mais elle avait, toute seule, déjà compris la notion de « collection », de la chose précieuse. Comme pour cette orange en sucre que son père lui avait offert en revenant de l’hôpital.

 

Ils étaient partis très tôt ce matin-là. A l’heure où les gens dorment encore sur les quais de gare, où dans les trains, il reste l’odeur du tabac froid de la veille (et oui !à cette époque, on fumait encore dans les wagons), où lorsque l’on arrive sur Paris, la brume déguise la banlieue en jolie bâtiment neuf, comme si on pouvait croire que Porte de Vanves, tout est luxueux.

 

Est-ce pour cela que la petite fille aimait tant les petits matins ? A l’heure où la ville s’éveille, ne peut rien encore cacher à qui la regarde, parce que déjà trop de lumière ou de vérité pour se dérober ? Qui sait…

Toujours est-il, qu’ils avaient traversé (certainement) les grands couloirs des métros pour arriver à Le Pital (l’hôpital – traduction en direct dans le texte).

Elle ne savait plus s’ils y venaient une fois la semaine, le mois, le trimestre… La semaine aurait été trop fréquent, le mois (même si dans sa tête cela paraissait une éternité), était déjà plus acceptable.

 

Sans doute avaient-ils traversé les couloirs blancs glacés de l’institut pour arriver dans un tout petit bureau avec un médecin aux lunettes toutes petites qui après avoir écouté les organes respiratoires de la petite fille avait griffonné sur une feuille : trois piqûres par semaine… à continuer encore et toujours.

Bien sûr, la main dans celle de son père, sur le chemin du retour, tout pouvait sembler moins difficile. Mais pourtant, ils étaient bien amers tous ces sanglots contenus dans la gorge minuscule de la petite fille.

Papa le sentait bien, en marchant le long de remparts invraisemblables de la capitale. Mais il ne disait mots et continuait son chemin, la menant, l’emmenant, là où il pouvait, où il pensait savoir.

Devant les yeux cernés de tristesse, de peur, de fatigue déjà, il ne résistait pas et décidait toujours d’offrir une broutille, faute de représailles à son mal être, à cette impossibilité de guérir d’un coup de baguette magique sa petite fille, déjà tant aux prises avec Mesdames les Picpics…

Posté par bergag à 08:39 - Commentaires [0]

21 mai 2010

3 - Les mille et 1 piqûres

L’étonnant dans tout cela, restaient ces souvenirs plein de Papa, sans trop de Maman… A croire que les histoires se répètent, sans forcément s’inverser. Au risque de ne pas dire l’acceptable, j’ai bien envie d’écrire l’offensable… Il y a aussi une autre histoire, dans un autre espace temps, d’une petite fille, qui reçut beaucoup de piqûres. Des très douloureuses cette fois-ci, car longues, profondes et tellement radicales. Une guerre contre une Grave Grave Grave Maladie, pour ne pas dire, Tragédie, et j’en suis persuadée. Mais c’est et je n’en doute pas, un autre chapitre à une autre histoire. En tout cas, cette petite fille, avec tant et tant et tant de piqûres, a gravi les marches de la guérison aux bras de son Papa, pas forcément de sa maman… Bien que cela, ben ça non plus, je ne le sais pas.

 

Bref…

Dans le hall de gare immentissime, devant la peur soudaine de cette enfant face à la population incessante, Papa avait plié, avait décidé, avait accepté d’acheter une confiserie à son petit cœur. Elle avait fièrement pointé du doigt l’orange et non le citron, salivant par avance de son goût acidulé. Dans sa petite main, le bonbon paraissait immense. Bien qu’il se divisait en une multitude de quartiers… Elle avait ouvert délicatement le papier cellophane, pour déposer succinctement un seul quartier (qui déjà envahissait totalement sa petite bouche) et le dégustait longuement… Le temps d’un retour par un direct Paris-la-ville-où-elle-habitait.

 

Elle avait poussé fièrement la porte de la maison, pour s’assoir à table, car c’était déjà l’heure du déjeuner. Maman avait préparé une purée à la carotte… La hantise de la petite fille ! Elle détestait ce plat ! Trop rose, trop doux, trop granuleux à son palet si fin. Mais elle n’en disait rien. Juste qu’elle détestait la purée, même si elle était de fabrication maison et donc pour cela, forcément bonne, au risque de la manger sur les marches de l’arrière cuisine en y fourrant les bouts de rosbifs saignant, qu’il fallait bien manger pour prendre des forces et guérir… Car dans cette famille là, on mangeait, Monsieur, on mangeait, mais on ne guérissait pas.

 

En guise d’expérimentation culinaire, elle avait d’ailleurs essayé le « sans sel ». Car on sait que le sel ne fait pas bon ménage avec certaines molécules chimiques, celles qui sont rétentrices d’eau, qui fond gonfler, sans grossir totalement et qui nous rendent comme des ballons prêts à exploser… L’autre petite fille, d’ailleurs, a eu son lot de rétention, et quémandait à qui mieux mieux un croc monsieur pour avoir sa ration salée, son lot de plaisir gustatif.

Cette petite fille acceptait de manger son pain blanc sans sel, ses œufs au plat sans sel, ses steaks sans sel. Papa avait un truc indéniable : le romarin. Elle adorait tout particulièrement quand il faisait cuir un bout de viande qu’il en parsemait de l’herbe croquante et la rangeait entre deux tranches de pain beurré (pain et beurre sans sel, évidemment).

 

Je crois qu’au milieu de toutes ces piqûres, la petite fille avait développé un fabuleux goût pour les minuscules plaisirs. Et plus ils étaient succincts, voire infinitésimaux (houhahou quel mot !!!), plus elle en faisait son régal. Des années plus tard, un jeune garçon lui dit d’ailleurs qu’elle savait faire d’un citron des litres de limonades.

 

Mais que voulez-vous faire à part justement transformer les jours qui passent, qui sont presque tous piqués une fois à trois fois par semaine, en du miel, de la douceur, de la couleur et du plaisir.

 

Mais j’ai comme l’impression de m’être tout à fait égarée au milieu de cette déferlante de souvenirs… Où en étais-je ?

Posté par bergag à 15:03 - Commentaires [0]

20 mai 2010

4 - Les 1000 et 1 piqûres

La petite fille fût donc emmenée auprès de grands médecins à l’hôpital des enfants de Paris pour que l’on soigne ces crises sifflantes et étouffantes. Parce qu’il ne fallait surtout pas que la maladie progresse. Comme si ! Et là, je fais une parenthèse sur un point de vue tout à fait personnel. Car n’aurait-il pas été possible de dire à ces parents que l’asthme est une maladie chronique qui chez le jeune enfant s’estompe avec l’arrivée de l’âge adulte. Aurait-il alors été question que la petite fille ne grandisse pas ? La maintenir dans cet état, c’était sûrement le meilleur moyen pour qu’elle restât enfant, non ?!!!

En tout cas, les parents faisaient de leur mieux, j’en suis convaincue, et avaient même un sacré courage que de regarder les médecins, internes et infirmières en blouse blanche, dégainer des seringues et des seringues pour, en SOUS CUTANE, injecter la batterie ménagère qui pourraient mettre une étiquette sur tous les éternuements, larmes de yeux rouges, sifflements de poumon ne sachant plus fonctionner. Il faut s’imaginer la scène : deux minuscules avant-bras en prolongement de la petite fille, tendus, quadrillés puis défrichés, labourés et plantés. On n’avait plus qu’à attendre la récolte pour aller cuisiner avec la batterie de cuisine ! A la vérité, on avait appelé ces séances de recherche des allergènes, l’exposition à la batterie de tests… Tout simplement. Et puis c’est une autre façon de raconter la situation, pour oublier les odeurs d’éther et de Javel, toutes ces blouses blanches qui touchent, manipulent, piquent et repiquent. Une fois qu’on avait mis tous les poisons sous la peau, on attendait. Les parents se congratulaient d’avoir tenu le choc. La petite fille sentait la tête qui lui tournait, les bras qui devenaient lourds, plein de démangeaisons, brûlants ou zigzagant. On voyait bien qu’elle n’était pas bien. On lui amenait alors un sucre avec de la menthe dessus. Enfin, l’attente s’arrêta et un des médecins brandit fièrement une longue, longue, longue liste…

- « En synthétique, votre petite fille est allergique à presque tout : poils de lapin, graminées, pollens, moisissure n° 1-23BKTrucmuche à la n°12000000000000000, et blablabla et blablabla et blablabla… pour finir malheureusement pour vous, chère Madame qui aimez tant les chats : AU POIL DE CHAT »

 

Là, il y eut un grand blanc. Maman n’avait pas du tout pensé à cela. Le docteur l’avait interpelé tout particulièrement car avant les tests, la petite fille l’avait entendu poser tout un tas de question sur la maison, ses habitants, les habitudes de la famille, ce qu’ils mangeaient… Alors cette maman qui n’était en fait plus vraiment maître de quoi que ce soit, décida de contrôler cela. Ses chats, elle les garderait et en plus, la petite fille s’en guérirait aussi. Voilà. C’était dit, à faire et à démontrer. Bien des années plus tard, je peux vous dire que la petite fille ne regrette vraiment pas cette folle décision ! Elle vit au milieu de boules de poils toutes plus touffues les unes des autres.

 

 

 

C’est bizarre, j’ai du, pendant un certain temps, arrêter d’écrire l’histoire de cette petite fille. Déménagement oblige et aujourd’hui, je décide de la reprendre. Mais je m’aperçois que ma lecture de son passé a encore changé. Sans doute parce que je sais ouvertement que certains yeux me lisent. Et du coup, quelque chose me met mal à l’aise. Je me trouve emprisonnée dans le non-dit. Bien sûr, j’écris ici mais je ne le parle pas, mes mots ne sont entendus, ils sont juste décryptés. Et je n’imagine pas vraiment de la bienveillance. Etonnant d’ailleurs que je n’ai pas encore reçu de commentaires acerbes visant à me juger non à me lire… tout simplement !

 

Mais ce que j’ai commencé à écrire, je vais le continuer ; car en tout « évidence », c’est pertinent tout ce que je déterre. C’est vraiment difficile de faire resurgir tout cela, mais c’est tellement utile. J’ai l’impression de sortir de ma vieille peau de lézard, d’être en pleine mutation…

Même si c’est douloureux, c’est immense, je sors de ma chrysalide…

N’est-ce pas Catherine ? Car vous êtes une personne que j’aimerais vous savoir me lisant. Mais en même temps, cela ne vous servirait qu’à peu… Car vous avez une réelle confiance en moi et vous savez qui je suis et vous m’appréciez ainsi.

Posté par bergag à 17:54 - Commentaires [0]

19 mai 2010

5 - Les 100 x 10 + 1 piqûres

C’est vraiment bizarre, depuis que la petite fille regarde son enfance sous un autre angle, tout n’est vraiment plus pareil. C’est très destabilisant. Ça fourmille de vérité, c’est une grande ouverture, mais tout de même.

De sa maladie, elle avait décidé d’en faire un atout, un instrument.

Elle savait déclencher les sifflements et rameuter tout le monde pour changer de direction, si besoin.

Alors la petite fille prit des décisions vraiment difficiles. Comme celle d’écourter un réveillon de Noël pour savoir plus vite ce qu’il y avait dans les paquets cadeaux.

Elle devait avoir 11 ans. Bien sûr, elle ne croyait plus au père Noël, pourtant, elle lui avait demandé un ours en peluche. Un gros… Un comme celui qu’elle avait vu, touché et câliné aux Galeries Lafayette. Elle en rêvait de cette peluche. Il était tout duveteux, souple et d’une taille qui remplissait les bras. Cela allait lui changer la vie d’essuyer ses larmes avec de la soie et non plus avec les pattes de Bruno… Bruno, c’était son vieil ours en peluche, fait de pailles. Elle avait l’habitude de prendre sa main, enfin ce qui lui servait de main, pour essuyer ses larmes quand elle pleurait. Il y avait aussi les oreilles de Lulu, son lapin bleu, ramené de Hollande, il y a très longtemps. Lorsque sa mère le lui avait tendu, elle avait dit qu’elle l’avait trouvé à la dernière minute. Sa maman avait déjà des souvenirs pour la sœur et le frère, la sœur un moulin hollandais en céramique, décoré de bleu et son frère… Sais pu, tiens ! En tout cas, Lulu, lui c’était la tête qu’il avait en paille. Les oreilles et le corps était en peluche. Pour le laver, on décousait la tête et en suite, hop, on recousait. Par contre, Bruno, point de toilette à l’horizon. Donc, il était un tantinet vieillot et c’est pour lui donner une retraite bien méritée que la petite fille voulait un nouvel ours en peluche. Elle avait dit à sa mère qu’elle voulait cela pour Noël.

Le 24 décembre de cette année-là, on réveillonnait chez des amis à ses parents. Enfin, les seuls amis en réalité. Ils habitaient à la Clairière, un fils de l’âge de son frère, une fille de l’âge de sa sœur. La petite fille, comme d’hab, jouait seule, ou avec le chat, ou jouait du piano, ou restait avec les mamans… Pas de quoi s’ennuyer en réalité. Mais ce soir là, avant de partir, on avait décidé de mettre tous les cadeaux sous le sapin, on les ouvrirait en rentrant. Jusqu’à la dernière minute, la petite fille avait calculé tous les paquets pour essayer de deviner lequel pouvait contenir un ours. Un gros, qui plus est. Rien de tout. Juste au moment du départ, elle avait dévalé les escaliers de la cave pour dire à sa mère de se presser. Sa maman était dans la cave à vin, porte fermée. En guise de réponse, elle lui dit qu’elle finissait d’emballer les buches de Noël (le délice des délices) et qu’elle rejoignait tout le monde à l’instant. Dépitée, la petite fille allât s’installer dans la voiture. Ils partirent tous vers ce réveillon étranger, la petite fille, le cœur gros, pensant que son vœux ne serait pas exaucé. Alors, à mi-soirée, juste un peu avant de manger les gâteaux si bons de sa maman, elle se mit à étouffer. Dans l’escalier des amis. Tant et si bien, que l’on décida d’écourter la soirée et de rentrer chez soi.

En arrivant à la maison du Petit Parc, la petite fille découvrit alors devant le sapin de Noël, tous les cadeaux pour tout le monde et surtout, une énorme boite recouverte de papier d’allu. Tiens, bizarre, elle n’était pas là en partant tout à l’heure.

Au moment d’ouvrir les paquets, elle pris l’énorme boite, son nom y était inscrit. A l’intérieur, il y avait un ours en peluche. Réplique des tous petits que l’on attrape à la fête foraine, avec des membres comme des poteaux. Assez doux, il est vrai. Avec un regard sympa. Mais tellement loin de la complicité qu’elle avait imaginé avec l’ours des Galeries. Oui, mais voilà, ses parents n’étaient pas riches. Enfin, c’est ce qu’ils répétaient toujours. Il faut faire attention à l’argent. Ne rien dépense futilement. Alors, pour faire plaisir, la petite fille dit que cela lui faisait plaisir. Elle cacha sa déception et fit mine que tout était merveilleux, dans le meilleur des mondes. Elle ravala tout ses sentiments et quand ses larmes jaillirent, elle dit simplement que c’était le premier Noël sans sa Mamilène… Histoire de faire plaisir à sa mère (puisque la mamilène était sa mère) et de détourner la réalité de son ressenti. Mais à la vérité, elle était soulagée que cette Mamilène qui piquait en faisant des bisous ne soit plus là. Cela lui avait permis de retrouver sa chambre et ce soir là, de dire que c’était à cause d’elle qu’elle pleurait.

En tout cas, elle était bonne pour quelques jours au lit, car son asthme avait pris le dessus et qu’elle étouffait une fois encore, une fois de plus.

 

C’est étonnant ce qu’un enfant sait faire pour détourner l’attention, la sienne, celle des autres. Pour ne pas être tout à fait lui, tout en continuant sa route.

 

Aujourd’hui, la petite fille devenue Maman, a toujours eu une frénésie pour faire des cadeaux à ses loupiaux. Elle essaye tant bien que mal de créer la surprise, mais pas de promesse intenable. Encore il n’y a pas longtemps : elle a lu dans le regard de son petit qu’il semblait déçu de son futur cadeau. Maintenant, elle est rassurée, car il va le découvrir comme il le veut et en fera ce qu’il veut.

Car lui aussi, sait faire d’un citron des litres de limonades.

Et qu’un rien le réjouit.

 

Comme les « dis maman, tu me ramènes une surprise… petite, toute petite, si petite soit-elle, ça me fera du plaisir »…

Posté par bergag à 17:55 - Commentaires [0]

02 mai 2010

Ma vie en carte postale...

les_deux_choc_pour_roman_photo

Quand je les regarde, tous les deux, je me le répète souvent...
Quand je les caresse, tous les deux, je prends tout leur soyeux, leur douceur et leur délicatesse...
Quand je les câline, tous les deux, j'ai un peu la clef du laisser-aller, et je me sens bien.

Qu'importe le reste, le quotidien, les grincements et les éclats de soleil, le va-et-vient, la retenue, les déconvenues...
Bien sûr, je pense souvent à ces gouffres que j'ai ensevelis, tout ce temps pour en arriver là, toutes ces vitrines dorées que j'ai bien voulu contempler...
Parfois, c'est de l'amertume que je respire au détour de mes chemins verts. Et plus souvent que de normal, ces jours-ci, je voudrais savoir laisser tout cela et être parfaitement en paix.

Il se peut que ce 2 mai, soit le jour anniversaire d'une toute petite fillette, que je ne connais pas, ne connaitrai peut-être pas, ou si, une Juliette... Je ne sais plus en fait, car il faudrait que je regarde dans tous les mails de l'année dernière et que j'y fasse un certain tri, pour retrouver un semblant de vérité.

Peu importe...

Dans quelques jours, une année s'accomplit et rien ne m'arrêtera pour en recommencer une, puis une, et encore une, et des "unes" mises bout à bout pour afficher fièrement un siècle d'amour, de tendresse et d'harmonie.

Je l'ai mon bonheur. Tout simplement. Il n'est pas éclatant, tonitruant, remarquable.
Il est tout simple. Comme la vie. Et comme la vie, il est complexe et d'autant plus précieux.

Amitiés à ceux qui me lisent, entre les lettres, avec les mots, par delà mes phrases.

Posté par bergag à 02:24 - Commentaires [1]