miroir

J’ai éclaté en sanglots après avoir fini de lire la lettre à haute voix.

Je n’étais plus là et complètement ici dans ce nouveau fauteuil qui épousait mes formes comme pour absorber ma chute.

J’ai baissé la tête, la sentant lourde comme une lune morte. Il n’y avait plus rien autour de moi, plus aucun son, plus aucune lumière, à peine le murmure discret d’une minuscule fillette qui pleure assise dans son lit en bois à la recherche de sa chaussette perdue.

Le terrible visage d’une sorcière mère la regardait avec un visage hideux, barbouillé de boue verdâtre.

Il était tellement plus doux de revenir dans les bras de la nounou qui soir après soir lui lisait les vieux pommes d’apis consignés dans un classeur rouge au format improbable de nos jours. La lumière blafarde du plafonnier aux chandelles imitées répandait son halot sur le papier peint Marie Antoinette.

Aucun rire ne venait de la chambre du fond. Frère et sœur devaient dormir, ou s’être cachés sous leurs draps pour s’estomper dans l’espace temps.

J’ai cherché des jours et des jours entre le matelas et la couverture où avait pu se glisser cette maudite chaussette, sans jamais m’avouer tout simplement qu’elle avait du rejoindre le linge sale et reprendre sa place auprès de sa jumelle. Ma mère me l’avoua bien des années plus tard, alors que j’avais depuis longtemps appris moi-même à ne pas dépareiller les paires de ces filles.

Puis, le temps m’a ramenée à nouveau aux 14 heures de ce jour. Dans les yeux qui me soutenaient, j’ai senti des larmes, des sourires, une force protectrice tellement intense. Puis j’ai entendu ces mots : « Extrême empathie des âmes ».

Lorsque nous avons parlé hier soir de la douleur, avec mon Tom, il a pris ce chemin d’esthète pour décrire celle psychique comme étant la plus destructrice, surtout lorsque la torture ne vous tue pas et que vous choisissez de résister pour en sortir vivant. C’est égal à la folie, m’a-t-il démontré. Et ce n’est pas un choix mais un instinct de survie poussé à l’infini qui pourrait bien être dicté par nos 85 % de cerveau inexploré de ses terres insoupçonnées.

Puis il m’a dit : « Je crois que Papi, comme F. fonctionnent de la même manière ; ils cherchent des explications à tout. Toi, à toutes les questions, tu t’efforces de trouver les réponses. N’as-tu jamais envisagé que certaines choses n’en ont pas et si malgré tout, elles en possèdent une, c’est pour qu’elle ne soit pas expliquée ? »

Ce soir, j’apprends à repousser les attaques des souvenirs, je me coupe de ma nostalgie, j’oublie tout ce qui peut réactiver ce sentiment de douceur et de bien être que l’on éprouve auprès de l’être aimé. J’anesthésie mon cerveau, je laisse l’amnésie s’emparer de moi.

Je me sauve de moi-même.

N.B. : J'entends déjà Domi me dire : "mais où vas-tu chercher toute cette eau de larme". Car qu'est-ce que je pleure en ce moment !